Barthel Robert (1924 -1926)

Barthel Robert : 

13 années de service dans l’armée Française :  1933-1946

 

NOTES DE GUERRE

 

"En 1939, au lendemain de mon  mariage à Gerstheim, descente sur la frontière de la Libye en

septembre comme lieutenant Radio.

 

Janvier1940 à l’armistice: Ecole de l’air, à Rabat avec le diplôme d’observateur en avion. Mon pilote et moi, sortîmes vivants d’un « crash » sur la forêt de Mamora entre Casa et Fez. Après la débâcle, nous restâmes sous les drapeaux.. Un chef prestigieux, le générai Weygand, a réorganisé et redonné une âme à l’armée. Régulièrement, nous recevions matériel et hommes envoyés par le gouvernement de Vichy (canons, tracteurs, munitions...). Rétablissement des permissions (un mois à Limeuil en 1941).

 

En Novembre 1942, désigné pour suivre les cours des Hautes Etudes Européennes à Royat, j’allais partir d’Alger sur le bateau El Biar le 7 Novembre. Dans la nuit, les alliés, des centaines de navires apparaissent à l’horizon. L’El Biar est resté à quai et a bien rendu service par la suite. Je rejoins le commandant Chanson (héros d’Indochine plus tard), qui m’a confié les sections de mitrailleuses. Nous avons perdu beaucoup de monde, la ville était dangereuse. Notre Colonel Jacquin a été tué dans sa voiture. Au réfectoire, assis à une table, deux civils. J’ai bien sûr reconnu l’amiral Darlan, l’envoyé du Maréchal Pétain et le Général Juin. Darlan nous montrait l’ordre de mission du Maréchal. Dans l’après-midi au 8 Novembre, il a reçu l’ordre du cessez le feu. Drapeaux blancs avec draps de lit, refouloir des canons de 75... trompettes, ouverture des portes du Fort l’Empereur (construit sous Charles Quint !!). Motards anglais, Jeeps américaines, chocolat, Camel, chewing gum... En peu de temps, nous étions acceptés malgré les 24 heures de combats (pertes cruels et absurdes des 2 côtés).

Après cela, mise sur roues de nos 75/ 32 et tout le matériel de 1939, embarquement (en train) à Maison Blanche, Tébessa Tunisie où nous avons guerroyé contre les restes de l’Afrika Korps et une nouvelle armée allemande,  commandée par Von Arnim.

6 mois de batailles dans le Djebel avec notre matériel désuets. Beaucoup de pertes, mais sans cesse arrivaient des renforts.

Par le Sud : la 8e armée anglaise, par l’Ouest des divisions américaines... Capitulation des troupes de l’Axe, 250 000 prisonniers. Nous voulions voir de près. Avec notre vieille 402 nous sommes descendus dans la plaine de Tunis. Au loin, un nuage, de poussière, une colonne de véhicules en ordre s’avance vers nous, s’arrête : Un colonel Italien sort de sa voiture de commandement, tend son revolver et dit : « Moi .... me rendre à vous”. Réponse de mon capitaine (Duchesne) : « Nous, on n’est pas là pour ça !!!” La colonne est repartie vers son destin : “PG”.

 

Défilés de la victoire à Tunis, rentrée à Alger dans nos garnisons d’origine. Notre chef était le

Général Giraud. Entre temps, l’Amiral Darlan a été assassiné. Le ministre Pucheux envoyé par vichy a été fusillé.

Dans les Vosges un fils Giraud, Commandant d’une compagnie de chars, m’a raconté que le Général, son père, a failli subir le même sort.

En Mal 1943 : Dissolution de l’armée de Tunisie et constitution d’une nouvelle armée entièrement équipée par les alliés. Les arrières à Alger avalent accomplis un travail gigantesque. A Casablanca nous attendaient des canons de 90 tirant à 17 Km. un RADAR, l’habillement, des armes individuelles (un colt pour les officiers), des marmites, réchauds, gamelles....            .

Né avant 1918, je servais avec un nouvel état civil: Léon Barjac né à Blida. Je fus nommé

Capitaine commandant la Batterie A du l5e groupe autonome de FTA. Canons bons à tout:

DCA, antichars, tirs à terre... groupés près de Cherchell, je reçus les 160 hommes mobilisés

pendant la campagne de Tunisie : Algériens, Pieds Noirs, Français de France (Francaoui),

Juifs (qui savaient tout faire); puis une vingtaine de Corses début 1944. Unité extraordinaire.

 

Le 19 Décembre 1943, à nouveau la Tunisie avec un Command car, Jeeps, GMC, Dodges, Tracteurs à chenilles... Bizerte, aéras boueuse.

Embarqués le 31 Décembre 1943 sur LST, Direction?

Une. semaine de navigation, la Sardaigne et puis Ajaccio, Campo del 0ro.... Propriano : au large, station service pour la flotte US. Un soir, on a vu s’approcher te croiseur de bataille Nevada, coulé à Pearl Harbour et déjà réparé et remis en service. Croiseur Amiral, on entendait en sourdine la musique de la flotte jouer une marche de Souza.

Le 16 Juin 1944 : Porto Vecchio, embarqués sur des bateaux d’assaut, en vue d’un débarquement amphibie. On chuchotait le nom d’une Ile Italienne fortifiée et bien armée. Tous les véhicules étaient équipés pour rouler sur le fond de la mer: Jeeps, Dodges, GMC, RADAR... Dans la nuit du 16 au 17, on s’approche d’une côte Invisible. “Chacun silencieux et replié sur lui-même dans l’attente de ce qui va se produire. Une modeste offrande monte aux lèvres afin de remettre sa vie au Seigneur pour son pays et pour les siens”.

Soudain, la première fusée éclairante montant de la côte déclenche l’enfer. Des centaines de moteurs se mettent à. rugir sur la mer et poussent les chalands vers la plage. Au-dessus des têtes passent les projectiles des pièces de marine tirant au large (alliés) alors que de la côte, le tonnerre et les rafales des départs sont suivis dans les secondes par le déluge des arrivées, avec explosions, sifflements, ricochets métalliques sur les coques, gerbes d’eau, hurlement des gars qui grillent dans le chaland voisin : “Opération Brassard”.

Sains et Saufs, nous descendons par des échelles dans la mer et arrivons trempés dans un vignoble avec des murets évitant ainsi un tir d’artillerie qui nous était destiné. Vers le soir, Marino di Campo, conquis, nous avons récupéré nos canons. Le Général Magnan m’a confié une mission de bombardement de Porto Longone jusqu’à sa reddition (Drapeau blanc sur le clocher, signalé par moi).

Retour en Corse au complet le 7 Juillet 1944. Repos à San Gavino di Garbini. Réception par la municipalité, les écoles: vous n’aurez pas... la Corse ? Un paradis.

Le 1 Septembre 1944 : à nouveau Aéra à Ajaccio, LCT 550:Le 4 Septembre 1944: Ste Maxime.

Route Napoléon, Grenoble, Lons-le-Saunier, Lure, Vesoul, Belfort, Le Thillot, Scherwiller,             Dieffenthal. Westhouse en Jeep avant Noël 1944. Je demande des nouvelles des parents

Le 15 Mars 1945 Mise en batterie à Gerstheim (promesse du Général Puig formulée en

Tunisie en 1943). 

Tirs de harcèlement, carrefours dans le pays de Bade, clochers (Ettenheim).

Le 3 Février 1945 Mission spéciale ordonnée par le Général Besançon commandant l’artillerie du 2eme Corps d’armée: Démolir une casemate (La Sorcière) de la ligne Maginot aux abords de Gambsheim. Il fallait 1 canon et les  munitions de toute la batterie. Traversée de Strasbourg la nuit, le village vide, les avants postes repliés. Nous fûmes seuls entre les 2 fronts. Tir à vue, 40 percutants. 20 fumigènes, 40 perforants. Riposte de l’artillerie. Des éclats partout, mais nous avons pu décrocher sans pertes.

Avant de quitter Gerstheim, nous avons défilé (après Tunis et Alger) avec la musique militaire stationnée à Erstein. Nous étions alignés le long du café Wantz : Mon. Commandant, Mr Lauffenburger, moi-même, les cités : Wust Georges, Barthel Alfred, Roos Albert et 27 de mes soldats et gradés. Discours, vin d’honneur avec Kougelhopf au château de Bancalis. Ce fut la fête.

Le lendemain, départ sur Sessenheim, Lauterbourg, Germesheim, franchissement du Rhin (Spire et Mannheim pour les canons) lspringen, Vollmaringen. Après un stage à Paris, nommé Kreisleiter à Kusel. Dégagé des cadres en 1946, nommé chef d’escadron d’active en 1954. Voilà le récit de guerre d’une batterie d’artillerie qui n’était pas de la Division Leclerc. Nos chefs, Giraud, de Lattre, Juin ont assuré la continuité de l’effort de libération et conduits jusqu’à la victoire. Les alliés nous ont fait confiance jusqu’au bout. Merci. à eux. Chacun dans son secteur a fait le maximum. Les cimetières en Tunisie, Italie, France témoignent du sacrifice de ceux qui sont tombés".

Barthel Robert (1924-1926)

alias Léon Barjac